30 novembre, 2010

"the whirligig of time"

Il faisait gris ce jour là, on avait froid les menottes. Pourtant c'est avec alacrité que nous avons quitté la maison au petit jour pour partir à la découverte de Warwick et Stratford upon Avon (la ville où est né et a vécu Shakespeare). J'avais eu vent l'année dernière d'un organisme pour étudiants qui propose des excursions dans des villes clés du Royaume Uni pour des prix de compétition mais je n'avais jamais pris cette option pour mes balades - peut être parce que j'avais beaucoup de gens à qui rendre visite l'an dernier. L'avantage de l'excursion à Warwick et Stratford c'est qu'elle ne dure qu'une journée et que c'est un dimanche! Don't be a tourist - nom de l'organisme - nous embarque donc pour un mini périple dans les contrées plus chic d'Angleterre où les maisons à colombage prolifèrent. La guide nous montre les points principaux et nous conseille certains pubs et nous avons le champs libre ce qui n'est pas plus mal lorsqu'on veut éviter de ressembler à un troupeau de touristes à la file indienne pour prendre la même photo. 
D'ailleurs nous ne suivons personne puisque nous décidons de ne pas visiter le chateau de Warwick (12£) - à tort peut être mais la fin de mois tiraille déjà le porte monnaie. Par contre une thailandaise nous suit - après avoir papoté pendant le jeu organisé dans le bus pour apprendre à connaître les gens - et le mythe de l'asiatique qui mitraille de photo tout et n'importe quoi mais surtout eux même n'importe où et devant n'importe quoi s'est confirmé - sadly. En revanche, nous avons pris notre lunch dans une tea room où elle m'a indiqué les meilleurs restaurants thailandais de Leeds, ce qui n'est pas tombé dans l'oreille d'une sourde! 
Hopital de Lord Leycester 15e siècle
Dans les rues il n'y a pas un chat sinon des bières qui jonchent les rebords des fenêtres, seuls vestiges des folies du week end dans un environnement très paisible. Les pratiquants sortent de l'Église Saint Mary que nous pouvons ainsi visiter à défaut de pouvoir visiter l'hopital Lord Leycester, vieux de 6 siècles, construit par ce cher Lord Dudley - un des prétendus amants de la Reine Elisabeth I - que l'on dit vierge mais que l'on arrose de multiples liaisons. 
20 minutes de bus et nous voilà parés pour cheminer dans Stratford où on nous montre les différentes maison de la famille Shakespeare. Quelques découvertes apprises pendant l'excursion:
-Shakespeare, sur son testament, a légué à sa femme son deuxième meilleur lit. (mais à qui donc a-t-il légué le premier???)
-Il a acheté sa maison - la plus chère de la ville à l'époque - pour 60£
Maison achetée par Shakespeare après ses Lost Years en prison
-il n'a rien légué à sa fille Judith car elle avait épousé Thomas Quiney qui multipliait les infractions à la loi. Suzanna, sa fille ainée fut donc privilégiée. 
-il est mort le même jour que sa naissance: le 23 avril - coïncidence relative car le jour de sa naissance n'est fondé que sur des suppositions.
Tombe de Shakespeare. L'épitathe:
Good frend for Iesvs sake forbeare,
To digg the dvst encloased heare.
Bleste be ye man yt spares thes stones,
And cvrst be he yt moves my bones
La guide nous abandonne à Holy trinity Church où il faut payer 50cents pour voir la tombe du poète et de sa famille proche. Nous rebroussons chemin pour mieux contempler les différents endroits clés de sa vie avant de nous installer confortablement dans un pub pour une tasse ou deux de mulled wine.
Il faisait froid les menottes, il y avait de la grisaille, c'était dimanche...et c'était bien! S'en est suivi 9h de sommeil avec ma bouillotte humaine :)

25 novembre, 2010

Portrait de Briton II

au détour d'une rue à Warwick, un couple se promène et de toute évidence la lady anglaise souffre de la température ambiante! She got the sniffles! Et tout observateur aura tôt fait de remarquer la Newcaste (Bière) sur le rebord de la fenêtre, perdue au milieu de l'étandue bourgeoise.

13 novembre, 2010

First no letters from Hogwarts, now this?

Si l'on prend en considération la théorie des climats de Montesquieu, on pourrait avancer l'idée que le flegme Anglais n'est que le pur produit du mauvais temps constant. Trop habitués aux rafales de vent et à la pluie chronique quoiqu'intermittente, les anglais se seraient acclimatés aux ronchonnements intérieurs  au lieu de montrer leur mécontentement dans la rue. Il faut ajouter aussi qu'on ne parle pas ouvertement de politique entre amis, et que la pudeur est de mise. Les manifestations sont donc contre-nature pour les britons. 
Seulement voilà, mercredi il faisait beau en Angleterre! Alors les étudiants,  professeurs et maîtres de conférence ont décidé d'agir et c'est à Londres que se sont rassemblés 52000 étudiants venus de toute l'île. La cause de cette fureur est simple: 
-un sentiment de trahison - en effet une grand majorité d'étudiants a voté pour Nick Clegg, supposé tempérer les mesures prises par les conservateurs.
-L'augmentation des frais d'inscriptions
-une définition discutable de l'éducation : "Higher education matters because it drives innovation and economic transformation. Higher education helps to produce economic growth, which in turn contributes to national prosperity." Selon ce rapport, l'université n'est pas considérée comme le coeur de l'éducation mais plutôt comme une simple machine à produire des employés aux salaires élevés et in fine renforcer la prospérité économique du pays.
Bien sûr il y a eu des débordements, quelques casseurs ont pris d'assaut Millbanks qui avait fait office de siège pour le parti conservateur lors de la campagne électoral, et seule une petite lignée de policiers était présente pour faire face à 200 étudiants enragés. (Serait-ce le manque d'expérience en matière de manifestation qui explique cette quasi-absence du corps policier?). Y a-t-il dans l'historique des manifestations, une seule qui se serait déroulée sans débordement? Il me semble que l'essentiel à retenir ne réside pas dans les affrontements police vs casseurs, ni dans ce qu'une minorité a pu faire, une fois Millbanks assiégée, mais bien dans le message véhiculé par cette légion d'étudiants réunis pour défendre leur foi en un système éducatif à la portée de tout un chacun. Le NUS estime que cette démonstration serait la plus importante de toute une génération.
John Harris, journaliste pour le Guardian conclut que: "What happened on Wednesday afternoon was not some meaningless rent-a-mob flare-up, nor an easily-ignored howl of indignation from some of society's more privileged citizens. It was an early sign of people growing anxious and restless, and what a government pledged to such drastic plans should increasingly expect."

To be continued...

05 novembre, 2010

let's keep a stiff upper lip, shall we!

Avant de rentrer en France pour Half term, je m'attendais à retrouver un paysage apocalyptique: des manifestations tous les jours, des débordements avec les CRS, des universités bloquées, des régions enclavées faute de trains ou d'avions, des gens incapables de prendre la voiture faute de pétrole...et finalement j'ai été plutôt surprise du "calme" qui régnait en France. Je mets toutefois des guillemets car rien n'équivaut au calme, voire à la torpeur, des britons. "These crazy French are always on strike"... de l'autre côté de la manche, on passe pour des fous. The time reportait que "Demonstrations and strikes are to France in the fall as pumpkins are to the US; life wouldn't be the same without them".  Certes la grève est une constante en France, mais l'ampleur du mouvement cette année semble dépasser l'échelle du cliché. Pourtant nous n'avons rien à envier aux britanniques. Le flegme qui qualifie si bien les britons ne leur fait pas défaut, même en situation de crise. Car les mesures pleuvent en Perfide Albion et n'épargent personne.cf article courrier international.
Selon le plan d'austérité de George Osborne 500 000 emplois publics seront supprimés, allocations sociales diminuées, budgets des ministères amputés de 25 % en moyenne.  Les tuition fees des universités augmentent et atteindront presque £9,000. L'age de la retraite passe à 66 ans. Même la reine doit serrer les fesses! Si l'on observe le cas de Leeds qui, en dépit de son passé industriel fortement affecté par le chomage, a réussi à se dynamiser et créer des emplois, on constate que ces réductions budgétaires risquent de faire replonger ces villes qui ont fondé leur économie sur le secteur public. cf article The Guardian. Tout le monde est touché, mais les inégalités sont présentes. cf cette étude.
Mais cette semaine l'atmosphère a changé. La France n'est pas la seule à souffrir de mouvement populaire, la Grèce et l'Espagne avaient déjà ouvert la voie - et même la Belgique s'y est mise, c'est dire! Alors les anglais commencent à s'interroger et à se dire que ce sont les seuls en Europe à boire du thé en maugréant au lieu de prendre les piquets et arpenter les rues en criant! "Once more, predictable anti-French hysteria hits Little England" annonce the independent. Les britons vont-ils enfin bouger?

Voici ici un extrait de l'article Mark Steel dans The independent, assez véhément:
How humiliating is that? We're being put to shame by the bloody Belgians. How did we become so subservient and docile? It's as if the rest of Europe is preparing for mass protest and our slogan is, "I can't make it I'm afraid, I've got a tummy ache."
The unions have called for a demonstration against the cuts next March. Next bloody March. Even then they'll probably get frightened and call it off, and replace it with a "Gasp of Action," in which we're asked to go, "Ooh" at the same time to show our displeasure at the fire service being sold off to Balfour Beatty.
It's often claimed that protest doesn't make any difference. But then why have the French retained pensions and services and a working week (without the country falling apart) that few people here could aspire to?

plein de petits britons qui "queue" pour prendre le bus faute de métro!
Hier, la grève du métro londonien, aujourd'hui celle des journalistes de la BBC, et demain???